La carte et le territoire

par wagonlit

En ce jour béni de Dieu, des diététiciens et des supporters de football hexagonal, je viens vous délivrer là un message citoyen, sorte de cri spartiate pour la jeunesse. Une confession intime socio-électorale, rien que ça !

Tout commence comme un lundi. J’hiberne quelques jours à mon domicile familial et alors que je cherche mes Winston dégueulasses, voilà que mon regard s’attarde longuement sur deux choses : un sac Micromania et une carte électorale.

Ma haute conscience des priorités civiques me pousse à ouvrir ce sac bleu. Que vois-je ? Fifa Street 2012. Sur la carte d’électeur, le nom de mon jeune frère. Semblable à des milliers d’autres, il devra se frotter à la puissance de l’urne. Comment voter, comment faire un choix intellectuel, responsable et réfléchi quand les seules préoccupations que vous avez sont celles d’un loisir perpétuel ? Attention, j’ai bien conscience d’être très pisse-froid sur ce coup, à la limite du réac’ indigent et insupportable, un poil condescendant et manquant de nuance.

Cependant je reste votre Faune Kovilal, voilà pourquoi j’ai d’abord joué à Fifa Street 2012 avant de mûrir cette réflexion, je peux donc vous affirmer sans hésitation que le mode Futsal est un régal.

En ce qui concerne le premier vote, comme avec beaucoup de premiers trucs, il y a des préliminaires pour faire le bon choix, celui de la « bonne » personne, des idées qui nous correspondent, tout ça tout ça. Or, ce que la télévision propose à la nouvelle génération d’électeurs, c’est un assemblage de vieilles personnes rouées au débat, parlant conjoncture, 1981 et quota d’immigrants. Ça plait ou non, là n’est pas le souci. Le souci est que les personnes comme mon frérot changent de chaînes. Ils ne lisent pas les journaux, les sites d’informations leur sont inconnus ou masqués et il n’existe pas de petit livre jaune et noire du genre : « La politique quand on a 18 ans pour les Nuls ».

Mais pourquoi diable sont-ils si désintéressés, ces jeunes (post-)pubères ? Tout simplement parce qu’ils entendent que leur Président serait mouillé dans une affaire avec une riche granny, que le directeur français du FMI était du genre « pool orgy party », ou encore que Dany Le Rouge ou Freddy Le Dandy auraient des penchants pour les enfants. Alors comment voulez vous qu’ils y croient, à des hommes assez forts pour gouverner, assez matures pour montrer la voie ?

Une chose me chiffonne, au-delà de tout ça. Les grands patrons de chaînes, ceux qui ont le monopole du « temps de cerveau disponible », ne font aucun effort pour trouver des émissions intelligentes, à visée politique, culturelle ou pédagogique. Loin de moi l’idée d’un Secret Story politique ou d’une Star Academy remplie de Goncourt. Mais évitons l’élitisme, le snobisme et toute pédanterie superflue. Evitons aussi la condescendance et la commisération, la vulgarité et l’humour gras. Réfléchissons deux minutes. Evidemment, pauvre bloggeur sous pseudonyme, que puis-je faire, à part râler, cracher un inoffensif venin et refaire le monde ?

Bah rien, tout ça c’est pour vous dire que j’ai mal à la France. Serait-ce à nous, jeunes aînés désabusés, d’expliquer ce qu’il en ressort, avec très peu de moyens et beaucoup de volonté ? Sûrement.

C’est donc la larme à l’œil que je m’en vais chasser le lapin bleu et prier la bonne mère. Puisque je manque de solutions, j’invoque Mylène, mon Pokémon goupil, ma diva au poil roux étincelant.

Mais mon Dieu de quoi j’ai l’air
Je sers à rien du tout
Et qui peut dire dans cet enfer
Ce qu’on attend de nous, j’avoue
Ne plus savoir à quoi je sers
Sans doute à rien du tout
A présent je peux me taire
Si tout devient dégoût

Faune Kovilal

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