Jolene, Jolene

par wagonlit

 

[Avertissement : cher professeur de Littérature du 18ème, si vous tombez sur ces lignes considérez qu’elles constituent des circonstances atténuantes et prenez-les en compte pour la notation de ma dissertation. Merci.]

Il y a des jours où toute la bonne volonté du monde ne peut rien face à un porno mal filmé. Non, non, mesdemoiselles, ne partez pas si vite ! L’histoire que je m’apprête à narrer peut (peut-être) vous intéresser, vous aussi.

Tout commence comme toutes les histoires de Tonton Jacques : sur Internet. Par un bel après-midi qui fleure bon le printemps, j’étais installé sur mon canapé, pépère, volets fermés, avec la ferme intention de tordre le cou à cette rédaction qui m’était imposée. Après un bref récapitulatif de mes connaissances, j’opte pour une recherche plus précise quant à d’Alembert, Rousseau, Marivaux et leurs potes grâce à Google.

Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que, quelques heures auparavant, j’avais laissé ouvert un de ces moteurs de recherche pour pornophiles sans le sou conseillé par Judy Minx ! Adieu mes bonnes résolutions, me voilà comme un gosse devant un immense chou à la crème (avec des pistaches dessus) ! Convaincu que c’est le destin qui a placé ce site sur la route de mes devoirs, j’accepte la mission. Je cherche avec rigueur la vidéo qui m’obligera à faire trois Je Vous Salue Marie et cinq Notre Père en me couchant le soir. Parmi la nuée de tags et de catégories proposés, photos à l’appui, je finis par atterrir, un peu moins enthousiaste qu’au départ, sur « Amateur ». Un classique, me diras-tu.

La suite l’est beaucoup moins, et c’est là que ça devient philosophique. Je te passe les détails sur les noms pas beaux et les previews encore plus sales pour aller, comme dirait l’autre, droit au but.

Filmée avec une caméra suspendue au-dessus d’un lit qui pourrait être celui qui squatte la chambre du fond chez ta grand-mère depuis vingt ans, une nana nous apostrophe. Je dis nous parce qu’elle s’adresse à toi, à moi, à lui et peut-être même à elles aussi. L’amour n’a pas de frontières et cette fille le sait bien. Ce genre de petit sourire sain, saint, sincère, je ne peux pas y résister (ce n’est pas faute d’avoir essayé). Il me rappelle trop cette nana qui sert des pintes le samedi soir au Tiffany’s… mais je m’égare.

Tout ce qu’il faut savoir, c’est qu’une forme de miracle s’est produite. J’écoutais tranquillement quelques morceaux de bravoures musicaux, passant allègrement de Nina Simone à Link Wray en faisant un détour par Action Bronson. Soudain, un blanc, à la fin d’une chanson. Comme si iTunes et Xhamsters s’étaient pris par la main et avaient décidé de m’offrir un pur moment d’hallu, ce n’est qu’à vingt secondes que la musique a repris. Jolene, par les White Stripes, au moment même où la jolie demoiselle ôtait son T-shirt pour… boarf, non, je vais te laisser découvrir.

Cette intervention divine aura eu le don, à défaut de m’aider à avancer dans les sombres méandres du siècle des Lumières, de me faire réfléchir à propos du tag parfait, ce Saint Graal qui hante mes nuits depuis que ma rétine a brûlé face à Clara Morgane et Estelle Desanges (glorieuse et prolifique époque de mes quinze ans). J’ai longtemps couru après cette entité féérique en m’enfonçant – pardon pour le double sens – toujours un peu plus dans mes fantasmes romantiques. J’ai cru bêtement qu’il était possible que l’algorithme tant désiré se loge dans une compilation des visages et des corps des filles et des femmes qui peuplent mes souvenirs. Un moment, j’avoue, j’ai pensé que rien ne serait plus parfait que le tag #love (naïf, hein ?). Et puis, cet après-midi chantant où les oiseaux rayonnaient, je me suis dit : et si… ?

Et si le meilleur porn était celui où il n’y a pas vraiment de porn, justement ? Et si la vidéo ultime, celle qui est censé faire jouir la Terre entière sans histoire de civilisation, et si elle se trouvait au détour d’un mix idéalement calé d’une musique sur une vidéo ? Et si… et si le tag parfait était un clip ? Avec cette Beautiful Agony associée à la voix de Jack White, je crois pouvoir affirmer qu’en un sens j’ai surpassé Michel Gondry.

Des raisons éditoriales me poussent à devoir te proposer de cliquer sur l'image pour voir la vidéo promise (après avoir lancé la musique).

Jacques Leblanc

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