L’amour dure trois ans, l’énervement trop longtemps.

par wagonlit

Ce film, tiré du livre éponyme de Frederic Beigbeder est à l’affiche dans les cinémas de France et de Navarre depuis le mercredi 18 janvier et est aussi réalisé par ce même Frederic Beigbeder (prends ça, Kim Jong Il).

L’humoriste Gaspard Proust, les « tellement  canal » Louise Bourgoin et Frederique Bell, le jaguar Joey Starr, le déjanté Jonathan Lambert et le mythomane Nicolas Bedos : voici pour la distribution.

Les livres de Fréderic Beigbeder plaisent au cinéma. Le très bon 99 francs avait auguré du meilleur, avec une mise en forme originale, telle une grande orgie publicitaire remplie d’autodérision portée par les géniaux Jean Dujardin et Jocelyn Quivrin.

Dans L’amour dure trois ans, on s’attendait à moins de surprise, plus de confirmation, de maitrise et de déjà vu saucé d’ironie.

La trame narrative étant quelque peu similaire, un fil conducteur qui repose sur le héros principal, en l’occurrence Gaspard Proust (Marc Marronnier) et des chapitres ponctuant les « parties » du film. Pratique.

Le film ne se démarque pas par son originalité de fond, les stéréotypes de la comédie romantique étant évidemment présents : le mariage du meilleur ami, l’enterrement d’un membre de la famille, la partie de jambes en l’air qui dure un weekend, ce qui fait dire aux deux protagonistes : mince on a rien visité alors, la cuite en solitaire, les discussions « entre couilles »…

En revanche l’enrobage formel nous évite tout ennui répétitif et air de déjà vu, on entend plus qu’on écoute. On est surpris des codes qui sont, semblent-ils, déjoués. De prime abord, on s’amuse de ces retournements, de cet humour.

De plus, une écriture très soignée entoure cette comédie et on retrouve la passion de l’écrivain de Windows on the world pour les aphorismes et métaphores. Parfois très faciles, parfois si bien senties. Toujours est-il qu’une forme littéraire sert les dialogues cyniques, amoraux et ironiques. Même la mièvrerie, qui est de mise dans les comédies romantiques « à la française » se retrouve mise en pièce au service d’une dérision des plus attrayantes. A quel prix ?


 

« Ô miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est le plus beau ? »

 

 Mais voilà le problème pour nous pauvres provinciaux : Paris. Que faire pour comprendre l’amour si l’on ne peut se saouler à l’œil avec des canons de beauté, chercher les lapins Place Dauphine, noyer son chagrin dans une bouteille en se lamentant sur les œuvres d’Albert Cohen dans son appartement du XVI arrondissement ? Eh bien envier l’autre, se rétracter sur la toile de fond, le sujet dit universel qu’est l’amour, oublier de suite que celle qu’on veut séduire ne travaille pas chez Vogue et que nos rendez vous avec Grasset ne ponctuent pas nos déjeuners.

Toute la tristesse est là, dans le culte du nombrilisme « bobo parisien intello ». Et sur ce coup, on ne peut en vouloir qu’à notre ami Frederic Beigbeder. Une scène qui se déroule au café de Flores, des références à Proust, Michel Legrand et Gerard Philippe ; des bandeaux de chaîne d’info en continu contenant le titre : « Frederic Beigbeder prix nobel de littérature 2012 »…

Ceci n’est que la partie immergée de l’iceberg. Ajoutez-y : Le grand journal, Thierry Ardisson, On n’est pas couchés et vous voilà dans ce que l’on appelle l’élite intellectuelle. En plus de détenir le monopole de l’intellect national, voilà que les moyens techniques esthétisent les acteurs, les écrans de télé où ils sont eux-mêmes mis en scène, le vomi, les belles phrases. Vous obtenez donc le monopole de « l’élégance », du charme et de la beauté.

On pourrait donc croire ce film arrogant, vaniteux et narcissiquement prétentieux mais non. C’est là toute l’ambiguïté. Cette œuvre est consciente de ses valeurs. Elle en joue, parfois même trop. L’autodérision est le moteur essentiel de cette comédie. Elle refuse de se laisser aller et décide de se prendre en main. Alors elle lance des vannes, nous fait croire que le héros est un looser sublime, que la délicieuse Louise Bourgoin a les pieds dégueulasses, que l’écrivain est un beauf misogyne horriblement prétentieux. Belle mise en abyme, mais ça ne suffit pas à renverser la tendance.

On tente tout de même de se laisser aller à la narration, au style très lumineux (sens littéral hein) et aux jolies phrases des beaux acteurs. On prend ça comme des bonbons. On a envie de bonbon, on en mange plusieurs parce qu’on veut du sucré, mais au fond on sait bien que ça ne nous ressemble pas, que c’est chimique et éphémère.

Faune Kovilal

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