J’ai jamais tué de chat

par wagonlit

Ted Bundy, Jack the ripper (en V.O s’il vous plaît), Guy Georges, Francis Heaulmes, Landru, Le Zodiac, Albert Fish… Autant de noms qui ne nous sont pas étrangers. Si vous vous demandez qui sont ces hommes qui tuent sur vos têtes, je vous explique. Ce sont des Serial Killers. Des tueurs en séries. Des frapadingues, des égorgeurs, des mangeurs de viande, des amoureux de l’enfance, des nécrophiles, des inadaptés sociaux… Vaste famille n’est ce pas ?

Commençons par une évidence : Le meurtre existe depuis l’aube de la société. Le pourquoi du comment, je m’en fous. Je ne suis ni spécialiste, ni Mentaliste. Je ne vais d’ailleurs pas faire de profilage, ni étude sociologique sur nos amours de tueurs et encore moins de criminologie. Ce qui m’intéresse, en revanche c’est pourquoi nous en sommes arrivés là. Ce là, c’est l’endroit au dessus de la curiosité malsaine, juste avant la passion. Pas les voleurs, moins les violeurs, mais ce type précis de criminel. Pourquoi nous fascinent-ils ?
Sinon l’horreur de leurs actes, pourquoi ne peut on pas les oublier ?

D’abord, il y a une sorte de méthode Coué derrière. Du genre : « montre-moi j’ai pas peur, montre-moi j’ai pas peur, montre-moi j’ai pas peur ». Mais nous avons peur, et on aime ça. On aime pouvoir se dire : « C’est ouf, il était chauffeur de bus sur la ligne de l’ex de Mathieu. »

Mathieu

C’est agréable de se sentir dans une communauté de « gens biens » face à ces gens qui eux ont fautés. On se sent comme alliés face à la barbarie. On les déteste ensemble. Et ça fait du bien. On aime à se dire, seulement après coup qu’ils étaient « un peu bizarre, quand même ». Et du coup, on digresse, on se dit que le barbu du bout de la rue est un peu « étrange » aussi. Ces mots là reviennent souvent, comme si c’était prédestiné, alors qu’en fait : que dalle.

Les enquêtes préliminaires tentent en vain de nous prouver que leur mère était autoritaire, qu’on les avait forcés à manger des épinards en CM2, que leur grand cousin leur avait forcé la main au jeu de l’oie et que depuis, souvenirs traumatiques, projections sur autrui, etc…. Certains parlaient même de « gêne du tueur ».

Ca aussi, ça nous intéresse. Connaître leur parcours de vie. Etaient-ils fous depuis le début ? Pourquoi en sont il arrivés là ? Et si c’était nos enfants qui étaient comme ça ? Génies diaboliques ou fou attardés ?

Souvent décrits comme intellectuellement supérieurs à la moyenne, leur matière grise n’a souvent d’égale que leur égo démesuré. Pour la moitié d’entre eux, puisque le serial killer n’a pas de prototype. Tantôt charmeur et bien intégré en société, son charisme mêlé à son élocution fait de lui un redoutable chasseur, au nez et à la barbe de tous ses congénères. Tantôt calme, reclus et marginalisé, il agit dans les moments de « «plats sociétales », en campagne, la nuit, à l’écart de la fête du village. En gros, c’est peut être votre voisin de palier. Oui oui, celui qui laisse son vélo dans la cage d’escalier. Rassurés n’est ce pas ?

 

Bonne blague et domaine public


Certes, on en rit parfois entre amis. Il faut avouer qu’avoir la blague facile est un moyen de dédramatiser, de provoquer et même choquer. Tapez Emile Louis sur Facebook, vous verrez. On aime se dire que Francis Heaulme a la tête de Didier Bourdon dans Tournez Ménages, que Marc Dutroux ressemble à un footballeur français des années 70, que Guy Georges est le meilleur concierge de l’histoire de l’habitat.

Nec plus ultra dans la facile et drôle provocation, le tee-shirt avec son tueur en série préféré. Fini les Ramones, Queen et autres tortues ninja, tu te balades avec sur la poitrine le nom d’un type qui fait frémir d’horreur 95% de la population. Faut oser. Et là le doigt est mis sur un fait important, même si la provocation est le nerf de l’entreprise, le fait est que : comme les groupes de rock, les personnages Disney où les acteurs de films, ils ont des tee shirt à leur effigie. Putain de célébrité.

Une manifestation de cette fascination pour les Serial Killers se traduit parfois chez les femmes en un amour sincère et passionnel. Des centaines d’entre elles écrivent à des tueurs en série enfermés en prison, désirant se marier avec eux et fonder un foyer dès leur sortie. Mais pourquoi eux ? Pourquoi pas au dealer ou au mec emprisonné pour avoir fraudé ? Et pourtant des explications existent. Grace à des études psychanalytiques et autres théories psychologiques, nous savons qu’existent des syndromes (Stockholm), des traits de l’esprit qui font que cet amour semble « rationnel ».

Moi-même il m’arrive d’avoir peur quand Dexter est à deux doigts de se faire choper, de me balader sur tueursenserie.org, de tenter de résoudre la théorie du tueur du Zodiac, de vouloir tout envoyer valser, louer un break et faire le tour des States à l’affut du moindre crime. On a tous en nous quelque chose de Ted Bundy.

Vous allez vous dire : « Mais quel taré celui là ! Il est fasciné alors il se dit que nous aussi et il nous parle de tout ça comme si c’était banal. ». Figurez vous que oui, c’est ancré dans les mœurs, dans ce qu’on appelle le « domaine public ». On médiatise à outrance, avec des sagas de procès, des éditions spéciales, des émissions dédiées (Christophe Hondelatte si tu me lis). On esthétise l’horreur, avec de belles images, des montages, des reproductions filmiques. Ils ont des chansons à leurs noms, des goodies, des fans clubs… et des articles.

Faune Kovilal

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