Femmes, je vous aime.

par wagonlit

 

Tous les samedis, le magazine Vice sort un épisode de la série documentaire Shot by Kern sur son site Internet. Le pitch ? Un mec (Richard Kern), se pointe dans une grande ville (Paris, Milan, Berlin, Londres, Toronto, etc…) et rencontre quelques nanas qui veulent se faire photographier. Elles se déshabillent, il les shoote. Le tout entrecoupé d’interviews de Richie et ses modèles, qui donnent leur ressenti sur l’expérience. Durée : environ 25 minutes à chaque fois. 1500 secondes de pur bonheur ; c’est mon bonbon à moi.

Mais c’est comme un bonbon alcoolisé : pas touche avant d’avoir 18 ans. De fait, ces vidéos au contenu exclusivement réservé aux adultes deviennent, dans la pensée commune, des vidéos pornos – avec tout ce que cela comporte comme préjugés moralisateurs. Oui mais non : Les Shot by Kern, c’est autre chose. C’est plus beau, plus fin, plus léger, plus mieux. En fait, pour employer une métaphore qui parle à tout le monde, c’est comme essayer de comparer un Nokia 3310 et iPhone 4S.

Je suis conscient que le portable Apple ne plaît pas à tout le monde et que, pour rester dans la métaphore, certains ne démordront jamais de Snake en noir et blanc. Mais l’émission proposée par vice.com est bourrée de qualités et ce serait dommage que vous passiez à côté.

Si tu es encore là (que tu n’as pas cliqué sur le lien situé dans la première phrase), c’est que tu es sceptique. Laisse-moi tenter de te convaincre en espérant rencontrer plus de succès que les démarcheurs de France Loisir dans les galeries commerciales. Ready ?

 

Aspect culturel

 Avec Vice et Richard Kern, tu travailles ton anglais, ta compréhension orale. Il est loin le temps des cassettes au labo de langue avec Mme Lorcy, où un type parlait dans ton casque avec un accent façon Mark Twain qui piloterait Enola Gay. Quand Sophie, Ana Lucia, Sydney ou Deborah explique à la caméra ce qu’elle ressent quand l’objectif de Kern est pointé sur elle, tu comprends tout. C’est comme de la petite musique de nuit, qui te berce. Parce que chacune d’entre elle a un accent propre, qui fait tout le charme du témoignage.

En plus, tu voyages gratos. Tu découvres des quartiers de Berlin, de Londres ou d’Anvers. Tu ne débourses pas un rond et tu ne perds pas ton temps dans les bars, les boîtes et autres choses totalement inutiles. Attention toutefois : même si certaines scènes dans des parcs publics sont proposées, la plupart sont tournées en intérieur.

Et puis, il y a toujours un Debussy, un Haendel ou un Rossini qui traine en fond sonore. Réviser ses classiques, ça ne fait pas de mal. Surtout quand, par-dessus, Richard parle de la ville qu’il visite. Le combo Paris-Richie-Clair de Lune me fait chialer, personnellement.

 

Pornographie ?

 Un Shot by Kern se regarde la plupart du temps seul, vers deux heures du matin, un peu défoncé, dans son lit. Cela ne signifie pas pour autant qu’un quart d’heure masturbatoire est prévu au programme. Car la série n’est pas pornographique, c’est là tout son intérêt. Donc, jamais tu ne verras la foufoune de ces demoiselles à nu – remplacée par une jolie étoile ajoutée par les artifices de la technique. Donc c’est pour tout le monde.

Donc vous pouvez regarder ça en famille. Parce que c’est quand même plus pédagogique de prendre son temps de discuter sexe entre père-fils/mère-fille plutôt que de laisser des sites pornos dégueulasses s’en charger. Expliquez, par exemple, qu’au final tout ça c’est que d’l’amour (dixit Patrick Sébastien)

Car, oui, c’est un peu comme le dit l’enfant de Juillac. Jamais une larme, pas un coup de fouet, un gimme more ou un cum on my face des plus affamés : chez Kern, on sourit, on se frotte le nez et on répond du bout des lèvres, intimidé par la caméra, aux questions intimes du journaliste de Vice. De temps en temps on fume un joint dans un parc public, topless. Et alors ?

Ce qui est incroyable avec cette émission, c’est que tout est d’un naturel déconcertant, comme à l’écoute d’une compile de Louis Armstrong et Pink Martini. C’est bien simple, en deux minutes à peine, tu décolles pour une autre planète. Une planète où la guerre, les magouilles politiques, les conflits religieux, ethniques ou simplement hommes/femmes n’existent pas.

 

Femme libérée

 Ici, c’est l’égalité qui est maîtresse. Ok, Richie tient l’appareil photo et donne des ordres (parfois chelou, toi et moi sommes d’accord). Mais il ne shoote que des modèles qui en ont formulé la demande personnellement. Lui, il s’occupe de mettre la beauté brute de chacune de ces femmes en valeur. Et chacune des nanas rayonne sous l’objectif. Le maquillage est proscrit, R.K. veut de la spontanéité. Tu remarqueras aussi que tous les modèles présentés n’ont pas la plastique des girls du calendrier Pirelli ou des prductions Brazzers. Et Kern pousse le naturel à fond et demande même à certaines filles de se laisser pousser le poil sous l’aisselle. C’est une attitude vachement féministe, non ?

« Oui mais c’est voyeuriste et dégradant », tel est l’argument principal des détracteurs de la nudité à l’écran. Argument intéressant parce qu’à la fois vrai et faux. On ne peut nier le concept du voyeurisme. Ce n’est pas tous les jours que l’on voit des femmes ôter leurs vêtements, se brosser les dents, se savonner la poitrine au liquide vaisselle ou mettre la tête dans un four avec autant de grâce, de charme et de malice. Alors on en profite un peu, ouais.

Mais « dégradant » : franchement ? Toutes les filles qui se font shooter expliquent qu’elles  se sentent bien face à Richard. Giulia est celle qui reflète le mieux cette ambiance détendue, naturelle, qui émane des Shot by Kern. Quand le journaliste lui demande « C’était comment ? » elle répond, tout simplement « J’étais à l’aise ». Pourtant, quand Kern lui a demandé de se laver les seins dans l’évier (stéréotype, convenons-en), elle a refusé ; et Kern a accepté. Du respect mutuel, ça s’appelle.

 

Notice d’utilisation

 Toutefois, même si ces quelques paragraphes semblent imprégnés de naïveté, il est important de rappeler que l’activité à laquelle ces jeunes femmes s’adonnent n’est pas quelque chose de « normal ». Il faut être conscient du fait que ce qui nous est donné à voir dans ces épisodes est quelque chose d’exceptionnel, au sens littéral du terme. C’est une plongée dans un milieu, ni plus ni moins.

Aussi, n’allez pas croire, messieurs, que toutes les femmes sont aussi libérées et à l’aise avec leur corps. N’allez pas penser non plus que parce que vous avez un appareil photo autour du cou, vous pouvez vous permettre de demander n’importe quoi aux demoiselles qui passent chez vous. S’il y a un bien une leçon à tirer de cette série, comme une morale à la fin d’un Simpson, c’est qu’il faut apprécier la féminité de nos voisines, de nos sœurs, de nos camarades, de nos collègues pour ce qu’elle est. C’est à dire belle, complexe, charnelle, timide et affirmée à la fois, effrontée, pudique, vulgaire aussi. Et fragile.

 

***

Je l’ai déjà dit, je ne suis pas démarcheur pour une librairie sur le déclin. Je ne propose pas de carte de fidélité, donc.  Mon succès sera déjà entier si tu as jeté un œil à la friandise proposée avec un autre regard que celui que tu avais au départ.

Par contre, si tu as quitté le lecteur vidéo de vbs.tv au bout de deux minutes parce que tu penses que le boulot de Kern est facile, que ce n’est pas de l’art et que c’est représentatif de la décadence de la société moderne, je ne sais quoi te dire…

Il est clair que les Shot by Kern ne proposent aucune alternative au dangereux discours du Front National, qu’ils n’ont pas le pouvoir de faire fredonner « Born in U.S.A. » à Mahmoud Ahmadinejad et qu’ils ne fournissent pas de solutions pour que la S.N.C.F. cesse d’augmenter ses prix. Mais un épisode peut constituer une pause dans ta routine, comme une dose d’air frais qui ne sert à rien sinon à revigorer ton moral. Et c’est déjà pas mal.

 

Comme à la maison

Jacques Leblanc

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