Le tour des greniers

par wagonlit

Eh bien voilà. Ça nous apprendra à fouiller dans le grenier de Tonton à la recherche de postiches pour une soirée déguisée. Résultat des fouilles : Des chaises cassées, l’intégrale de Rahan en Bande Dessinée, une vieille robe de mariée, un minitel… Et une immense malle militaire, remplie de Vinyles, Compact Disc et autres cassettes.

Vous savez, Tonton, on le voyait comme un type cool, fan des Stones, qui lit Le Monde, qui lésine pas sur la bouteille quand il le faut. Mais là… Wouaw.

Des Petits Chanteurs à la Croix de Bois jusque Mireille Mathieu, en passant par Mike Brant. Ouais, eux et bien plus encore. Du larmoyant, du kitsch, du ridicule, du sincère et même tout ça en même temps, dans cette foutue malle. On a voulu garder ça pour nous, vraiment, se moquer puis pleurer seuls dans le grenier, comme dans Jumanji. Mais on s’est dit que c’était une expérience émotionnelle trop forte pour seulement deux personnes.

Alors on a fait le tour des greniers du coin, de la Tata hippie à la mémé sourdingue. On a fait des brocantes, des vide-greniers, on a même sonné chez la voisine, celle qui pue et qui a neuf chats chez elle. Rien que pour vous. Voici donc un florilège des objets magiques que l’on a croisé tout au long de notre quête, une sorte de compil ridicule et triste. Un top 15 avec même des Bonus Tracks.

Mais qu’on soit bien clairs : on partage, parce qu’on vous aime bien. Cependant, on va se la jouer Scar et vous avertir quand même : tout ça « c’est notre petit secret ».

Le lac Majeur – Mort Shuman

Le genre de chansons qui appartiennent au répertoire maternel. La pochette annonce la couleur : un sosie bidon de Noël Mamère avec une chemise psychédélique. Il a le regard inquiet, Mortimer. Et le soleil dans la gueule, aussi. Mais il suffit que le trémolo vienne se poser sur sa voix quand il raconte qu’il a « tout oublié du bonheur » pour vous faire un nœud dans la gorge. Comme les oiseaux-lyre.

« Fait chaud, non ? »

Je reviendrai à Montréal – Robert Charlebois

C’est carrément le disque WTF de la collection de papa. Peut-être une bonne blague franchouillarde d’un de ses potes, en 1976, à l’époque où il fumait encore des clopes et peut-être même un peu d’herbe. La pochette est un bad trip à elle toute-seule.

"Filez-moi à boire, bordel !"

Requiem pour un fou – Johnny Hallyday

Un vinyle de Johnny, c’est un classique. Mais la plupart du temps, c’est un vieux Gabrielle, un bon La musique que j’aime ou le truc de collectionneur : le double disque Johnny à Bercy. Mais là, c’est le côté sentimental et torturé de tonton Michel (à 20 ans) qui ressort. Par respect pour les aînés, on vous demande de ne pas vous moquer. Ou pas trop, du moins.

« J’ai un cuir de meuf. Je sais… »

Le déserteur – Serge Reggiani

C’est le type de découvertes que l’on aime bien faire. Chez mamie, entre deux Luis Mariano, il y avait ça. D’accord, le texte n’est pas signé Sergio (et sur certaines versions, vous trouverez Le dormeur du Val, poème d’Arthur Rimbaud en prélude), mais sa voix de baryton plaintif donne toute la puissance nécessaire aux paroles de Boris Vian. Respect, mémé Geneviève.

Bang Bang
« Moi j’en ai marre : je me casse. »

Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai – Francis Cabrel

Ouais, bon. On n’a pas hésité longtemps avant d’insérer ce morceau d’anthologie dans la liste. Retrouvée dans la boîte en plastique planquée sous le lit de la chambre d’amis, avec toutes celles de ma petite sœur, la cassette de Francis brillait de mille feux, comme une évidence. Rien que pour les chœurs qui démarrent à 2’00. Et ne nie pas, toi aussi tu connais les paroles par cœur.

« Ça te dit d’arrêter de tourner ? »

Comme d’habitude – Michel Sardou

Sardou, c’est le mec que tout le monde connaît mais que personne n’aime vraiment (si on oublie ces idiots qui écument les soirées d’écoles de commerce et qui beuglent Les lacs du Connemara, complètement déchirés sur les coups de trois heures du mat’). Pourtant, cette reprise de Cloclo est poignante. N’ayons pas peur des mots.

« J’avais déjà une gueule de chanteur pour vieux. »

Le coup de soleil – Richard Cocciante

On l’a trop entendue, c’est vrai. Mais quand on est tombé dessus, au vide-grenier de Guingamp ce samedi, on n’a pas pu résister. Le timbre rauque, à la limite de la franche chiale, nous ça nous émeut. Et tant pis si c’est kitsch.

« Le soleil dans le piano, c’est mon idée. »

Le blues du businessman – Claude Dubois

 On a dû faire un tri dans le magma « starmaniac » qu’on a trouvé ici et là. Cette chanson méritait sa place autre part que coincée entre Michelle Thor et Gérard Berliner dans le grenier moisi de Papa. Et puis elle est tristement belle, en deux mi-temps. Un Laval-Sedan avec six buts, finissant avec des morts, crié de désespoir par Claudius. What else ?

"Non, je ne suis pas Enzo Molinari."

Stewball – Hugues Aufray

Trouvé du côté de chez maman. Je savais qu’étant jeune elle aimait les fleurs, la thérapie douce, les chanteuses à texte, les cigarettes qui font rire. Mais ça ? A l’opposé du tiercé, quarté, quinté + de Vincennes. Bon, pour tout avouer, mon Golden Retriever vient de mourir. Comme Stewball.

"La vache, j'ai faim !"

Elle est d’ailleurs – Pierre Bachelet

« Ah, celle là mon grand, j’l’ai écouté. Purée… ». Voilà ce qu’aurait dit Tonton Vincent si on avait osé faire rejaillir ce souvenir mélodique. Total aveu de soumission à l’être aimé, cri déchirant pendant le refrain, sentiment de solitude. On en fait plus des comme ça, demandez aux habitants du Nord.

"Vince : ❤ U"

Comme ils disent – Charles Aznavour

Nous avons pris la sage décision de ne pas divulguer dans quel grenier ceci fut trouvé. Pas besoin de parader à San Francisco pour comprendre ce sentiment, j’vous assure. Les mots manquent. On imagine un grand mince, danseur de cabaret, sourire enfantin, muscles dessinés. Qui habite seul avec maman.

"Tes pompes sont laides, mec"

Ne me quitte pas – Jacques Brel

Ca semble si évident. Et pourtant,  dans la caisse du pater, pas tant que ça. Le filou, il avait caché ça entre Hendrix et Les Chaussettes Noires. Sujet à moult reprises, c’est celle là qu’on a trouvé, piano- voix, du classique qui fait chialer si l’on s’est déjà mis à genoux. Sinon, bah c’est Muriel Robin qui vient en tête. Fait chier.

"T'as de beaux yeux, tu sais ?"

Mon vieux – Daniel Guichard

Encore trouvé chez Tonton Vince. Ne surtout pas écoutez en cas de problèmes œdipien, de conflit avec votre Papa ou d’enfance vécue sans le sou. Atteint encore des sommets grâce aux chaudes larmes qui couvrent les joues de Patrick Chirac dès qu’il entend : « Chez nous, y’avait pas la télé ».

"J'ai inventé Photoshop. Hé ouais."

Le Sud – Nino Ferrer

Face A du vinyle grand paternel. On l’imagine très bien, dans sa maison de campagne, pendant que mémé fait un Sudoku ; bah lui il se fait un p’tit plat Tomates-Mozzarella. Et pendant le solo vocal mélancolique, il se permet une entorse : huile d’olive à outrance. Même s’il pleut dehors, sur sa table c’est Palerme.

"Mon secret ? Le chapeau."

Love me, please love me – Michel Polnareff

Trouvé  dans le même vide grenier que Richard Cocciante. Un niveau au dessus, faut l’avouer. La descente de piano fait chavirer mon cœur, hérisser mes poils, tomber mon futal. C’est ma préférence. A moi.

"John Lennon et Brian Jones réunis, c'est possible."

BONUS TRACKS :

Puisque vous êtes là, c’est que vous en voulez encore. Allez, voilà du rab, pour ceux qui ont fini leur assiette.

J’ai encore rêvé d’elle – Il était une fois

Parce que quand Joëlle Mogensen crie « Je suis à toi » nos draps s’en souviennent. Trouvé à la Brocante du Presbytère, à Clergoux.

Le monde est stone – Fabienne Thibeault

Parce que toutes les reprises du monde ne vaudront jamais l’originale. Et parce que c’est mon premier disque, tout simplement.

L’oiseau et l’enfant – Marie Myriam.

Parce qu’on a gagné l’Eurovision grâce à ce morceau. Et que Tata Sylviane, elle a l’album dédicacé dans un carton. À se demander si elle ne consomme pas de la daupe bien dure comme il faut.

Mise au point – Jackie Quartz

Encore une fois, nous tairons l’identité du propriétaire. On imagine tout de même très bien, Jackie (pseudo de merde) à fond, lumière tamisée et du cuir en veux tu en voilà. Mais chut !

Quand j’étais chanteur – Michel Delpech

Auteur de : Le Chasseur, Le Loir et Cher. Wight is Wight. Rien que pour ça, il mérite déjà d’être là. Sinon, les excès de vitesse, il les payait jamais

Faune Kovilal et Jacques Leblanc