Coeur de pirate

par wagonlit

Le 18 novembre dernier, Nicolas Sarkozy confirmait sa volonté de lutter contre le téléchargement illégal. Il a affirmé être conscient de l’évolution de la technologie et a donc souhaité adapter la législation (et, le cas échéant, la répression) aux nouvelles technologies.

Fort de son relatif succès avec Hadopi, (« 35% de téléchargement par Peer To Peer en moins » selon le Président), le gouvernement semble donc vouloir généraliser ce système à toutes les technologies permettant de jouir de ce plaisir qu’est l’accès illimité et gratuit à la culture.

Il est cependant très compliqué pour une haute autorité d’éradiquer tout type de piratage face à une communauté de pirates toujours plus vaste et qui évolue sans cesse. En effet, la mise en place d’Hadopi n’as fait que déplacer le problème et il y a fort à parier que pour une baisse de 35% du téléchargement en P2P (Peer To Peer) correspond une augmentation proportionnel du piratage en téléchargement direct ou en streaming. Il est certain que les pirates ne cessent de s’adapter à la législation.

 

ETAT DE L’ART

 

Du coté des gros labels (Universal, Sony, Warner Music, etc…) l’ère du numérique est décrite comme une crise. Cependant leurs revenus restent relativement stables, selon Pascal Nègre : « Certains estiment que nous n’avons pas vu la crise arriver, c’est débile. Nous l’avons anticipée. Ce qu’il y a, c’est que nous avons été sacrifiés sur l’autel de l’Internet. Les FAI1, par exemple, vendent Internet sans contrôle sur ce qui est fait avec ».  J’espère que vous avez remarqué l’anticipation des majors … parce que moi je ne l’ai pas vue ! En effet, payer un album numérique plus cher qu’un album physique (avec la pochette et tout le tralala) c’est innover. On comprend donc qu’un internaute n’hésite pas longtemps.

De même, lorsque je suis confortablement assis dans mon canapé, la télécommande dans la main, et que je regarde les films disponibles en VOD (Video On Demand), je suis à chaque fois estomaqué du prix de location : 4€ pour un film en qualité standard et 6€ pour un film en HD. C’est du vol !

Il faut être conscient qu’une location de DVD vaut 1,5€  et que pour cette somme, le prix d’achat du DVD physique est rentabilisé, ainsi que l’infrastructure et le personnel. Quant à l’industrie du cinéma, il est évident qu’il n’y a pas de soucis à se faire, vu les budgets investis dans les films. Aucun producteur ne débloquerait autant de fonds s’il n’était pas assuré des retombées extrêmement  intéressantes.

Les plateformes de téléchargements actuelles, comme iTunes, Amazon et récemment GoogleMusic, jouent aussi un rôle primordial dans la promotion de l’offre légale. Le service assuré par ces géants est de qualité, et l’expérience utilisateur est soignée. Cependant, ces plateformes souffrent de deux défauts majeurs :

–       Le prix des produits proposés est trop élevé et elles n’intègrent pas (ou pas de façon significative) le concept du partage. En effet, un produit purement numérique a une valeur bien inférieure à ce même produit sur un support physique (et souvent accompagné d’une valeur ajoutée : emballage spécial, livret, etc…). Il est alors aisé de comprendre que le prix d’un produit vendu par ces multinationales doit être significativement inférieur au prix du produit physique.

–       Les plateformes de téléchargement se rémunèrent en s’octroyant entre 10 et 30% de chaque transaction, les majors récupèrent le reste et ne reversent qu’une faible part à l’artiste qui est au cœur de la création. De plus, avec le système actuel, les artistes indépendants ont d’importantes difficultés à se financer et à trouver une visibilité. Bien qu’Internet (avec YouTube, Dailymotion) et les labels indépendants essayent de contrer cette tendance.

 

VERS LA FIN DU PIRATAGE

 

Il y a eu un tel laisser-faire pendant des années, qui a amené à une démocratisation du téléchargement illégal (gratuit), que le téléchargement légal (payant) est, quant à lui, anecdotique. Cette utilisation en masse du piratage lui a donné une réelle légitimité. Dès lors il est très difficile de faire marche arrière, et de mon point de vue, Hadopi ne suffira pas à faire de l’exception la règle.

Cependant, la fin du téléchargement illégal n’est pas pour autant impossible. Pour cela il est nécessaire de réfléchir à un système qui satisfasse avant tout le consommateur (ceux que l’on appelle aujourd’hui des « pirates ») sans pour autant oublier le financement des artistes qui sont à la base de cette richesse culturelle. Cela se fonde sur un principe simple : si, pour un individu, l’offre légale est plus attrayante que l’offre illégale, il n’a aucune raison de s’écarter du droit chemin. On touche ici au point crucial qui explique à la fois le piètre succès des offres légales et la prolifération des sites pirates.

Cette réflexion m’a servi de point de départ pour imaginer un système qui contenterait le plus grand nombre :

 

Imaginez…

Une seule et même plateforme centralisant l’ensemble de la musique, des films, et pourquoi pas des livres. Ces œuvres sont disponibles dans différentes qualités et même en streaming. Cette plateforme est accessible à partir de n’importe quel  lecteur média, d’une adresse web, ou de votre boitier TV, et aussi depuis votre iPhone/iPad ou n’importe quel autre « electronic device ». Le but étant de couvrir l’ensemble des modes de consommation.

 

Imaginez…

Pouvoir utiliser cette plateforme autant que vous le souhaitez, sans autre limite que votre volonté. Comme sur Allociné, sauf que vous pouvez télécharger ou regarder en streaming votre film. Pour la musique : idem. En plus il y a même un onglet « Recomanded To You » ! Dans cette utopie,  vous pouvez partager vos coups de cœur avec vos amis ou vos parents. L’idée est d’offrir un accès illimité à la culture, permettant un enrichissement mutuel.

Pour le financement, c’est l’idée de Martine2 qui à été retenue, soit une licence globale de 10€/mois. Les artistes mettent eux-mêmes leurs titres sur la plateforme et sont rémunérés en fonction du nombre d’écoute/téléchargement. Cependant, tous les mois, le consommateur peut choisir l’artiste qui reçoit la somme qu’il a payé. Il a aussi la possibilité d’acheter sa place de concert/festival/cinéma, directement depuis la plateforme.

N’est-ce pas merveilleux ? Grâce à une telle plateforme, le marché de la culture, placé sous « l’ère du numérique » ne peut que bien se porter. Il est plus juste, tout le monde y trouve son compte. Les majors, les consommateurs et les artistes marchent main dans la main, il y a des licornes et des arcs-en-ciel… Oui mais, malheureusement, tout ceci n’est qu’une utopie. Semblerait qu’en France, l’épisode chiraquien du mulot soit encore d’actualité.

 

Luc

1 : Fournisseur d’Accès à Internet
2 : Aubry. Profession : Raymond Poulidor du Parti Socialiste.

 

Lui, c'est notre Ministre de la Culture. Un petit jeunot.

 

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