Ascenseur pour le chauffe-eau

par wagonlit

 
 

Otis.

Ne vous méprenez pas, il n’est pas ici question de mécanique élévatrice mais bien de musique, de mélodies, de volutes de fumée, de tasse de café vous réchauffant les mains. La morosité est envahissante, les jours s’enchaînent et se ressemblent, vous avez froid, vous n’avez – cette année encore – pas assez d’argent pour offrir des cadeaux de noël, vos lèvres sont trop sèches, votre plaid s’effiloche… Posez le Valium, on va essayer quelque chose.

Otis Redding. Mais si, vous allez voir ! Oubliez de suite Sittin’ on the dock of the bay1 et suivez moi.

Vu votre état, je vais vous épargner une biographie longue et exhaustive. Sachez juste qu’il est né la même année que Bob Dylan, qu’il a sévi en même temps que la bande à Lennon et qu’il est mort à 26 ans. Ouf, on échappe à la malédiction2.

Otis. Au panthéon de la soul. Une œuvre dense. Une voix chevrotante, rauque et suave à la fois. Pouvant vous donner une irrépressible envie de danser du bassin et de la jambe folle. Pouvant aussi vous enivrer jusqu’à miauler, à demi nu, transi d’amour. Je ne sais pas vous, moi j’ai déjà enlevé mon Levi’s.

C’est donc sans chemise, sans pantalon que je vais tenter de vous prouver, et plutôt deux fois qu’une, qu’Otis est bon pour vous. Évidemment, la découverte « Otisienne » s’effectue seul, ou légèrement accompagné. De plus, cela nécessite, sinon du calme, une relative tranquillité. A chaque musique suffit sa peine : ambiance.

                                            

Cigarettes And Coffee

La plus envoûtante. La bouteille de vin est encore sur la table, mal bouchée. Votre dulcinée est endormie à vos côtés, sur le divan. Vous saisissez les cigarettes qui sont tombées durant la bataille, cherchez la froideur métallique du Zippo quelque part entre les poils du tapis avant d’entrouvrir la fenêtre. Les premières notes de cuivres vous pénètrent lentement, tous vos gestes se ralentissent, seuls sa voix plaintive et les volutes de fumée vous rappellent que le temps s’égraine. Vos pensées se mettent en marche, vous grimacez en yaourt, doucement toujours. Votre nuit a pris une nouvelle tournure : celle de la langoureuse paresse.

 
 

Satisfaction

Premiers mouvements de guitare batterie. « Eh mais c’est les Stones ! » Je sais. Sauf qu’ici, impossible de se révolter, de brandir le balai et de beugler comme Mick. Un des deux côtés de votre corps se hisse, vos doigts claquent, vous tournez autour de vous même. Lancement de divers objets ayant eu le culot de se mettre en travers de vos frénétiques mouvements. Sourire à la Dujardin, pincement de lèvres. Vous êtes beau. Et satisfait.

 
 

Love Man

Vous sortez des cours, du boulot ou encore de la case prison. Vous avez du temps à tuer. Vous décidez alors d’inviter une potentielle conquête au cinéma. Vous avez désormais enclenché le processus, vous devez vous vêtir correctement, sentir bon, préparer des phrases d’accroches, être en confiance… Mais avant, prenez le temps de vous détendre un peu. Feu Redding va gonfler votre ego, dégourdir vos membres. Vous êtes un mec qui en jette, vous avez du swag, du swing, du groove, du funk. Vous êtes au-dessus de tout. Scarlett Johansson est à votre portée. Vous n’irez donc pas, à ce rencard. De toute façon, elle n’était pas jojo.


 

Ps : Amies de la gent féminine, préférez Mylène, la diva au poil roux.

 
 

I’ve Been Loving You Too Long

Slow idéal pour certains, cri d’amour déchirant pour d’autres. Ne tranchons pas, laissons l’imaginaire collectif en décider. Toujours est-il que la voix nous transporte, nous chiffonne et nous repasse. Poignant et moins cliché que Marvin ou Barry, ces 2’54 vous donnent l’envie d’aimer. Avec élégance, qui plus est. Et puis entre nous, dans votre playlist post-rupture, ça fera moins tâche que Francis Cabrel et Damien Rice.


 
 

My Girl

Notre soul man ne se demande pas où a dormi sa douce la nuit dernière3. Il est heureux, et vous le fait sentir. Il peut vivre d’amour et d’eau fraîche, puisqu’il à SA belle. Peut être pas vous, mais c’est tout comme. Vous dansez avec le chat, faites du gringue à la glace de salle de bains. Vous êtes votre soleil. Mieux que l’horoscope.

 
 

***

 

 Dans les faits, rien n’a changé. Il fait toujours froid, vous êtes encore seul, emporté par la foule. Visuellement, c’est du pareil au même. Pourtant, vous avez : souri comme Jean, envoyé valser une femme, dansé avec votre chat, retenu la nuit, réorganisé votre playlist. Dans vos oreilles résonne encore Pain in my heart. Des pistes comme These Arms of Mine, Try A Little Tenderness, You Left The Water Running vous sont aussi familières que des Sympathy for The Devil, Wild World ou Poker Face.

Ces infimes changements pour le commun des mortels sont votre nouvelle arme contre ce monde de brutes.

Faune Kovilal

1 :Titre célèbre, marquant un changement plus pop, enregistré trois jours avant son décès et le faisant accéder à la postérité. 2 : Cercle plus ou moins fermé d’artistes morts à 27 ans de manière… plus ou moins singulière. 3 : Where Did You Sleep Last Night, chanson populaire aux Etats-Unis, dont la paternité n’est reconnue par personne même si elle doit son succès en grande partie àNirvana (Kurt Cobain : membre du club des 27).
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